Eco Cycle Innovation for Textile & Woodworking Industries

Synthèse Bibliographique : La micropollution

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La pollution marine causée par les déchets plastiques est un problème majeur qui a un impact direct sur l’environnement et qui est préoccupante pour la santé humaine. Actuellement, la majorité des déchets qui se trouve dans les océans et dans les eaux continentales sont des plastiques (18 000 débris plastique / m²). Les plastiques peuvent résister des dizaines d’année dans les milieux aquatiques, ils ne se dégradent pas, et ils deviennent de plus en plus petit avec l’abrasion et la météo.[1]

Les microplastiques sont définis comme des particules de moins de 5mm. Ils sont présents sur tous les littoraux du monde et sont une menace pour l’écosystème marin car ils peuvent être ingérés par tout organisme marin et en particulier par le plancton, se retrouvant ainsi dans la chaîne alimentaire. Les microplastiques proviennent de la détérioration de débris de grande taille (sacs, emballages) ou sont fabriqués tel quel pour des applications spécifiques (abrasifs, additif pour cosmétiques). Une autre source importante de micropollution provient du lavage des vêtements : Les textiles libèrent des microfibres lors du lavage en particulier à causes des contraintes mécaniques et chimiques subies.

Actuellement, seules les microfibres synthétiques (polyester, acrylique, …) sont considérées comme des microplastiques. La quantité de microplastiques relargués dans l’océan est estimée entre 0,8 et 2,5 millions de tonnes par an, avec 35% de microfibres relarguées lors du lavage des textiles.[2]

Les textiles d’origine naturelle (coton, lin, viscose, rayonne…) produisent également des microfibres lors du lavage mais elles se dégradent en principe beaucoup plus rapidement dans les environnements aquatiques que les fibres synthétiques (quelques années contre quelques dizaines d’années voir plus). Cependant les fibres d’origines naturelles subissent la plupart du temps des traitements de finition comportant des polymères synthétiques pouvant nuire à la biodégradabilité des fibres. [1] La production textile mondiale est composé d’environ deux tiers de synthétiques pour un tiers d’origine naturelle, et plusieurs études ont montré que les fibres d’origine naturelle libèrent des quantités de microfibres lors du lavage comparables aux fibres synthétiques. [2]

Impact des microfibres

Les microfibres naturelles comme synthétiques sont une menace sérieuse du fait de leur persistance dans l’environnement mais aussi de leur capacité à absorber des polluants comme des métaux lourds, d’autres produits chimiques et des pathogènes. Elles sont toxiques pour la faune marine en particulier pour les plus petit être vivants qui les confondent avec de la nourriture, impactant directement le reste de la chaine alimentaire. Les impacts directs sur la santé humaine n’ont pas encore été suffisamment étudiés, on note cependant que la présence de microfibres dans l’air a été lié à plusieurs complications respiratoire y compris des maladies pulmonaires.

Quels sont les facteurs influant la libération des microfibres ?

Plusieurs études visent à définir quels sont les paramètres qui influent sur la quantité de microfibres libérées lors du lavage : les textiles d’origine naturelle libèrent globalement plus de microfibres que les textiles synthétiques, en masse comme en nombre.[2] L’augmentation de la température de lavage, l’utilisation de détergents tendent à augmenter les rejets en microfibres de tous textiles confondus.

Globalement, les tissus présentant une plus grande résistance à l’abrasion, une faible pilosité et une plus grande résistance à la rupture du fil ont moins tendance à former des peluches et à libérer des microfibres pendant l’action mécanique du lavage.[2] [3]

Les traitements de finition influent sur la quantité de microfibres relâchées. Une récente étude nous montre que l’application d’un traitement anti-plis augmente la quantité de microfibres libérées lors du lavage, du fait que ce traitement diminue la résistance à l’abrasion.[4] Par ailleurs, un traitement de finition hydrofuge ou résistant à l’abrasion engendrera moins de microfibres. Il n’y a cependant pas encore de consensus quant à l’influence de l’adoucissant sur la génération de microfibres.

Du textile à l’environnement :

Les stations d’épurations les plus performantes retiennent jusqu’à 98% des microfibres issus des efflux des machines à laver, mais devant les larges volumes traités, une quantité non négligeable de microfibres se retrouvent dans les océans et les eaux douces. De plus La majorité des microfibres retenues se trouvent dans les boues d’épuration qui peuvent être utilisées dans l’agriculture. [2] Par ailleurs, à l’échelle mondiale, 75 à 80% des eaux usées ne sont pas traitées.[4]

Les microfibres ne sont pas libérées dans l’environnement uniquement lors du lavage des textiles. En effet l’utilisation même des textiles (vêtements ou linge de maison) libère des microfibres dans l’air (par le frottement notamment), impactant directement l’Homme. Une grande quantité de microfibres est également générée lors des nombreuses étapes de production des textiles : Lors du filage des fibres synthétiques, de l’étirage ou de la conception du vêtement, des microfibres sont libérées dans l’air alors que lors de la teinture ou de la finition, des microfibres sont relarguées dans l’eau.[5]

[1] F. De Falco et al., « Evaluation of microplastic release caused by textile washing processes of synthetic fabrics », Environ. Pollut., vol. 236, p. 916‑925, mai 2018, doi: 10.1016/j.envpol.2017.10.057.

[2] M. C. Zambrano, J. J. Pawlak, J. Daystar, M. Ankeny, J. J. Cheng, et R. A. Venditti, « Microfibers generated from the laundering of cotton, rayon and polyester based fabrics and their aquatic biodegradation », Mar. Pollut. Bull., vol. 142, p. 394‑407, mai 2019, doi: 10.1016/j.marpolbul.2019.02.062.

[3] M. C. Zambrano, J. J. Pawlak, J. Daystar, M. Ankeny, et R. A. Venditti, « Impact of dyes and finishes on the microfibers released on the laundering of cotton knitted fabrics », Environ. Pollut., vol. 272, p. 115998, mars 2021, doi: 10.1016/j.envpol.2020.115998.

[4] F. Belzagui, C. Gutiérrez-Bouzán, A. Álvarez-Sánchez, et M. Vilaseca, « Textile microfibers reaching aquatic environments: A new estimation approach », Environ. Pollut., vol. 265, p. 114889, oct. 2020, doi: 10.1016/j.envpol.2020.114889.

[5] C. Palacios‑Mateo, « Analysis of the polyester clothing value chain to identify key intervention points for sustainability », p. 26, 2021.

Rédigé par Thomas Liévin, ENSAIT, laboratoire GEMTEX pour le projet ECyTWIN